Rappels

NOM   PROPRE


L'analyse grammaticale distinguait les noms communs et les noms propres. Les premiers correspondent, selon l'analyse logique classique, aux termes généraux qui se disent de plusieurs, et les seconds aux termes singuliers qui ne se disent que d'un seul.

On donnera pourtant une première définition: le nom propre est cette partie du discours qui sert à désigner un individu, à l'interpeller, à faire référence à lui, à l'identifier, bref à le "nommer". Il est considéré comme le corrélat singulier d'une entité individuelle.

Enfin, si le Nom divin a une telle importance dans le langage religieux, c'est qu'il est, plus fortement que pour tout autre être, le représentant de son porteur. D'où le caractère particulier de la problématique théologique.

(Encyclopédia Universalis)


Cette quasi-identité entre l'être et le nom se manifeste au plus haut point dans la notion spécifiquement juive de la Sanctification du Nom: le Kiddoush hachem.

Cette expression, de fait, est difficilement traduisible. Elle vise à peu près tout acte par lequel l'homme se porte en quelque sorte garant de l'Unité divine, lui rend témoignage jusqu'au martyre, atteste quelle est préférable à toute chose.

La notion contraire de profanation du Nom (Hilloul hachem) ne recouvre pas seulement le sacrilège ou la désobéissance, mais tout acte ou tout propos qui accrédite le caractère irrémédiable de l'aspect conflictuel de l'existence.

Ces notions ont leurs répondants concrets dans les préceptes concernant le traitement matériel de l'écriture des Noms divins et de ses supports.

(Encyclopédia Universalis)



TRAHIR L'ESSENTIEL ?

(André Chouraqui)


 

Faut-il donc avoir une mentalité sémitique pour comprendre l'importance essentielle du Nom et du Verbe dans le langage? Est-il indifférent de substituer les noms des dieux, des héros et des lieux d'un livre? En fait, tout être est attaché à son nom, à son orthographe et à sa prononciation. Pourquoi n'avoir pas toujours rigoureusement respecté ce principe plus particulièrement dans les traductions de ces Livres que l'on proclame sacrés? Pourquoi le Nom de I~vH Eloh~lms a-t-il été à peu près universellement refoulé puis oublié?


Car à son égard le refoulement est général, constant, universel, et d'autant plus grave que l'oubli du Nom s'accompagne de l'occultation de ses significations, Lui, l'Etre créateur reçu dans toutes ses puissances, unique en son essence, pluriel en ses créativités, source de toute réalité, de toute vie, Personne vivante attentive à tout appel fait à Son Nom par toute créature.

La licence des Septante s'est répandue dans toutes les traductions de la Bible et par voie de conséquence dans toutes les confessions, les écrits et les cultes inspirés par elle. Si bien que les églises chrétiennes qui font profession de croire au Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ignorent son Nom, si bien qu'elles élèvent sur leurs autels celui d'innombrables idoles, différentes selon les pays et les cultures.

Ce procédé est inacceptable, parce que si les mots peuvent changer de sens, les noms propres devraient rester à jamais immuables dans toutes les langues où ils sont employés. Les juifs de l'Exil ont eux-mêmes cédé à la tentation de désigner IH~vH Eloh~s sous le nom des idoles des nations parmi lesquelles ils vivaient.

De nos jours encore, eux-mêmes sacrifient à cette tendance, scientifiquement, spirituellement et théologiquement injustifiable, dans leurs traductions de la Bible comme dans leurs synagogues où ils parlent de Dieu, proche parent de Zeus ou de God, divinité dominante des peuples nordiques.... Le Nom de I~vH est ineffable et ne saurait se vocaliser sans sacrilège. De ce fait, certains rabbins écrivent Dieu de sa seule initiale D., et God en omettant la voyelle o., G.d., faisant comme si ces noms d'idoles étaient celui d'Elohîms. En ce sujet central, juifs et chrétiens partagent une même confusion intellectuelle.

Ces habitudes sont si invétérées que nous y échappons difficilement: il m'a fallu des décennies de réflexion pour prendre conscience de l'importance de ces problèmes de langage; ils ont des conséquences incalculables sur la vie de l'esprit.

Et parmi les nations où ils sont venus, ils ont profané mon saint Nom.

(Ezéchiel, chapitre 36, verset 20)