Lettre à l’Arche

le 16 octobre 1994



Monsieur Meïr WAINTRATER

l'Arche





Cher ami,


Je vous remercie de m'accorder la possibilité de m'exprimer dans l'arche.


C'est bien évidemment un sujet qui me tient à cœur depuis de longues années et je vais essayer d'être aussi clair et aussi bref que possible quoique la proposition qui m'a été retransmise par Madame Schneidermann est une véritable gageure.


Comment, en aussi peu de mots, dire quelque chose qui doit provoquer un choc majeur et salutaire à l'intérieur de notre communauté, mais aussi, on le comprendra aisément, dans le monde chrétien?


Essayons tout de même.


Je vais, dans ces quelque lignes en forme de télégramme, comme je l'ai fait dans le numéro de Tribune Juive du 7/7/94, avancer quelques affirmations solidement établies, et, si l'on souhaite des preuves, je me propose de les fournir par la suite.


Tout part du fait que Dieu c'est Zeus.


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POURQUOI DIEU EST UN BLASPHEME



Dans un premier temps le débat avait porté sur la question de l'étymologie du mot "Dieu".

Il est maintenant établi de façon indiscutable que ce mot n'est rien d'autre qu'une des formes grammaticales du mot "Zeus".


Dans un deuxième temps, nous avons multiplié les efforts pour attirer l'attention de la communauté sur ce Hilloul HM dramatique.

Devant l'inanité de nos démarches, nous proposons aujourd'hui une réflexion sur ce phénomène surprenant.


Nous savons que nous vivons dans un monde où les dieux de l'Olympe ont envahi le ciel (noms des planètes), se sont emparés du temps (noms des jours de la semaine), où l'aigle de Zeus trône aussi bien à la Maison Blanche que sur les étendards de Berlin, et on sait pertinemment que Tzar, Czar, Kaiser ne sont que des émules de César.


Pourquoi alors que, conscients de l'aliénation culturelle provoquée par notre séjour dans une civilisation gréco-latine,  nous ne disons plus samedi mais Shabbat, Pâque mais Pessah, Pentecôte mais Shavouoth (j'arrête car la liste serait trop longue), pourquoi continuons-nous à dire "Dieu"?



La raison la plus immédiate c'est l'ignorance. On ne connaît pas le sens de ce mot. Mais bientôt tout le monde saura.


Là où l'histoire devient passionnante c'est lorsque, une fois cette vérité établie, on assiste à des comportements de fuite qui semblent inexplicables.


Pour aller vite, je dirais qu'on a du mal à renoncer à ce mot (en français, bien sûr!) parce qu'on ne sait pas comment renoncer au concept.


Il est clair maintenant que ce dans quoi les Juifs (mais aussi les Chrétiens hélas) sont piégés c'est justement dans ce concept de Dieu, c'est à dire quelque chose qu'on peut désigner par un seul mot, un seul nom, et il est certain que nous avons ainsi franchi la première étape vers l'idolâtrie.


Si les Juifs sont incapables de renoncer à une vision simpliste, et s'ils ont besoin d'un nom, alors, de grâce, qu'on L'appelle Norbert ou John, mais s'il vous plaît, surtout pas Jupiter!


Et pas God non plus, car de même que Dieu est Zeus, God est Wotan.


La gravité de cette situation vient de ce que, alors même que nous avons conservé les Noms, alors même que nous savons que c'est Elohim qui créa les cieux et la terre, que c'est Adonaï qui parla à Moshé, nous pensons, nous disons et nous traduisons (entre autre à nos enfants) que ce sont là des noms de Dieu.


Le génie du peuple juif (ou sa bénédiction) est d'avoir compris (ou d'avoir reçu la révélation) que l'homme peut percevoir plusieurs faces, plusieurs manifestations, plusieurs attributs, mais que cette diversité, cette multiplicité apparente, n'est que la forme humainement accessible d'un Un qu'il n'est pas question de prétendre appréhender dans une quelconque vision, dans une quelconque conception, et qu'en aucun cas on ne peut Lui donner un nom qui désignerait, qui engloberait le Tout.


Et c'est même une des façons de comprendre notre Shéma Israël.


Hanouccah approche. Purifions-nous, débarrassons-nous de cette souillure et que chacun offre sa bible du Rabbinat à un Chrétien car bientôt nous allons leur faire comprendre comment Rome les a trompés.


P.S..

Je propose que, de même que notre combat a permis de nettoyer les dictionnaires français de cette définition injurieuse qui s'y trouvait récemment encore (juif=usurier), nous demandions, en l'honneur de Hanouccah, que l'on rappelle que le terme de "macchabée", même si on tient à lui laisser la signification qu'il a en français, a pour nous une origine et un sens qui ne sont pas évoqués même dans le Grand Robert.




Claude TAIEB.


Mais s'ils me disent : "Quel est son Nom ?", que leur dirai-je ?

Exode, chapitre 3, verset 13